À propos de la conférence gesticulée sur la Sécurité Sociale de l'Alimentation
Une assiette.
C’est par là qu’a commencé la conférence gesticulée de Mathieu Dalmais sur la Sécurité sociale de l’alimentation.
J’ai souri…Cette assiette m’a ramenée 25 ans en arrière, à mon stage ingénieur à la Cristallerie d’Arques, où je travaillais justement sur des revêtements sol-gel pour… des assiettes.
Mais cette fois, il n’était question ni de matériaux ni de revêtements.
L’assiette servait de point de départ pour raconter autre chose : ce que notre façon de manger dit de notre société.
L’assiette individuelle matérialisait une place à table. Et la table n’était pas neutre : elle disait qui mangeait avec qui, selon quelles règles, et racontait aussi quelque chose de notre organisation sociale.
Bien avant cela, un seul hiéroglyphe — un homme portant la main à la bouche — était associé à manger, boire ou parler.
Manger, ce n’est donc pas seulement se nourrir.
L’alimentation remplit une fonction physiologique, bien sûr, mais aussi sensorielle, sociale, culturelle… et politique.
Et pourtant, l’alimentation est aujourd’hui une dépense peu visible.
On voit où quelqu’un habite, la voiture qu’il conduit, la manière dont il s’habille, les études qu’il a faites… Ce qu’il mange au quotidien est beaucoup moins visible.
Et c’est peut-être justement ce qui rend les inégalités alimentaires elles-mêmes moins visibles.
Dès lors, une question se pose : comment garantir à toutes et tous l’accès à une alimentation de qualité ?
Et c’est là que j’ai particulièrement aimé le renversement proposé : ne plus penser de la fourche à la fourchette, mais de la fourchette à la fourche.
Partir de l’alimentation que nous souhaitons pour nous demander quelle agriculture nous voulons.
C’est dans cette logique que s’inscrit le projet de SSA, autour de trois principes
→ l’universalité du processus ;
→ un conventionnement des produits accessibles organisé démocratiquement ;
→ un financement assis sur une cotisation basée sur la valeur ajoutée produite par l’activité économique.
Le conventionnement m’a vraiment interpellée.
Car il ne s’agit pas seulement de donner à chacun les moyens d’accéder à une alimentation de qualité. Il s’agit aussi de décider collectivement de ce que nous voulons soutenir, et donc de créer des débouchés pour l’agriculture qui répond à ces choix.
On revient alors au point de départ : l’alimentation est aussi politique.
Et derrière la SSA, je retiens surtout cette idée : reprendre collectivement une part de la décision sur l’agriculture et l’alimentation que nous voulons.
Avec une question restée ouverte à la fin de la conférence, et qui mérite à elle seule de poursuivre la réflexion : quelle valeur donnons-nous au travail agricole aujourd’hui ?
Quelques ressources citées pendant la conférence :
• Paul Ariès, Une histoire politique de l’alimentation. Du paléolithique à nos jours, Max Milo, 2016.
• Magali Ramel, Huguette Boissonnat Pelsy, Chantal Sibué de Caigny et Marie-France Zimmer, Se nourrir lorsqu’on est pauvre – Analyse et ressenti de personnes en situation de précarité, ATD Quart Monde.
Pour approfondir la Sécurité sociale de l’alimentation :
• Encore des patates !? Pour une Sécurité Sociale de l’Alimentation
• À fond les caisses ! Retours d’expérience de caisses communes de l’alimentation, Réseau CIVAM & VRAC France.
• https://securite-sociale-alimentation.org/
Fanny BARTHELEMY
Septembre 2026
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